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12 hommes en colère a 60 ans : comment Sidney Lumet a-t-il rendu compte de l'isolement des jurés ?
Par Léa Bodin — 4 sept. 2017 à 19:00
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"12 hommes en colère", le chef-d'oeuvre de Sidney Lumet, fête ses 60 ans aujourd'hui. Comment le cinéaste est-il parvenu à restituer l'atmosphère anxiogène de la salle de délibération et l'isolement des jurés ? Par quels moyens de mise en scène ?

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Si l'on excepte trois minutes sur l'heure trente-cinq que dure 12 hommes en colère, la totalité du chef-d'oeuvre de Sidney Lumet a été tournée dans la salle des jurés, une pièce confinée de 5 mètres par 7. L'isolement, le confinement, l'oppression, caractérisent ce huis-clos dans lequel 12 hommes désignés jurés doivent décider de la culpabilité ou non d'un jeune homme d'origine modeste accusé d'avoir tué son père. Alors qu'onze d'entre eux ont voté coupable, le juré n°8 (Henry Fonda), seul contre tous, fait appel au doute raisonnable qui selon lui pèse sur les éléments dont ils disposent pour trancher, et peu à peu, il parvient à mettre en échec leurs certitudes. 

Confinement, changement de focales et positionnement de la caméra

« L'un des éléments dramatiques les plus importants à mes yeux était la sensation d'enfermement que devaient ressentir ces hommes coincés dans cette pièce », expliquait Sidney Lumet dans son essai Faire un film (paru en français aux Editions Capricci). Pour que les acteurs aient véritablement la perception de ce que c'est que d'être enfermé dans une seule pièce avec les mêmes personnes et du sentiment d'isolement que cela provoque, le cinéaste les faisait rester tous ensemble dans la même pièce pendant des heures pour répéter encore et encore. Ces répétitions, avec l'aval d'Henry Fonda, qui était également producteur du film, ont duré deux semaines entières et le tournage a dû être bouclé en seulement 19 jours. 

Je me suis dit que les objectifs pouvaient raconter l'histoire

Pour accentuer cette sensation d'enfermement, Lumet mise également sur la mise en scène, faisant le choix de se servir des différentes focales pour imposer une atmosphère de plus en plus écrasante au spectateur : « Très vite, je me suis dit que les objectifs pouvaient raconter l'histoire. Tandis que le film avançait, je voulais que la pièce semble de plus en plus petite. Pour cela, j'ai utilisé des objectifs dont la distance focale était de plus en plus grande. » En plus de cela, il fait évoluer la position de la caméra. « En outre, précisait-t-il, nous avons filmé le premier tiers du film en positionnant la caméra au-dessus de la hauteur des yeux, puis, en abaissant progressivement la caméra, le second tiers avec la caméra à hauteur d'yeux, et enfin le troisième tiers un peu en dessous du niveau des yeux. De telle sorte qu'à la fin du film, le plafond apparaît dans le champ. Non seulement les murs paraissaient se rapprocher, mais le plafond également. » 

Le montage au service de l'accélération du tempo

Pour finir, le réalisateur utilise le montage pour souligner le sentiment d'écrasement grandissant par une accélération étouffante du rythme dans le dernier tiers. « Il y avait 387 mises en place dans 12 hommes en colère, se souvenait Lumet. La moitié de ces plans étaient destinés à être montés dans la dernière demi-heure du film. (...) Ce tempo qui s'accélérait a beaucoup contribué à rendre l'histoire plus excitante mais aussi à indiquer au spectateur que le temps, comme l'espace, se faisait plus dense à mesure que le dénouement approchait. » 

C'est, par ailleurs, l'association des deux qui rend 12 hommes en colère si efficace, jusqu'au dénouement qui s'ouvre sur une respiration salutaire. « Cet accroissement de la claustrophobie est pour beaucoup dans le regain de tension à la fin du film. Dans le dernier plan, un extérieur où l'on voit les jurés quitter le tribunal, j'ai utilisé un objectif grand angle (...). J'ai aussi monté la caméra plus haut au-dessus des yeux que je ne l'avais fait pendant tout le reste du film. L'intention était de donner de l'air, de laisser le spectateur respirer, après deux heures de confinement toujours plus aigu. »

Faire un film, de Sidney Lumet, est disponible aux Editions Capricci. 

La bande-annonce de 12 hommes en colère : 

 

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